Roger Garin peint à genoux... / Arts – Cultures – Foi dans les Yvelines

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Interview d'artistes

Roger Garin peint à genoux...

 R.Garin s'explique sur so oeuvre

Roger Garin mène une double vie : graphiste le jour, peintre le soir. Sa journée s'étire, le plus souvent, de 7 h 30 à minuit. Durant cette quinzaine d'heures, il ne s'accorde guère de répit. Le matin, dans le train qui le conduit de Rambouillet à La Défense, puis dans le bus qui le transporte à l'agence de publicité où il travaille, il lit la « Parole de Dieu, du jour ». Le soir, en rentrant chez lui, il plonge le nez dans un journal, le plus souvent « La Croix ». C'est ainsi qu'il se tient au courant de la vie du monde car, après le dîner, pas de télévision : il peint.
Seul dans son petit atelier situé à l'étage de sa maison, il prend le temps de se «rassembler» car il s'est beaucoup éparpillé tout au long de la journée. Quelques minutes de silence et de recueillement lui tiennent lieu de sas de décompression. Puis il attend « la petite étincelle ». Quand elle surgit à partir du souvenir d'une rencontre, d'un événement marquant, d'une lecture, il veut en garder la trace. Alors, il écrit quelques lignes qui serviront, plus tard, à guider le pinceau. Parfois, rien ne se produit. Il se sent vidé. Dans ce cas, il préfère ne pas attendre minuit pour aller dormir.



R.Garin : Bleu MarieFestival de couleurs, ici le "bleu Marie" ; à droite notre peintre dans son atelier



Quand il se sent prêt, délaissant le chevalet, il pose une feuille de papier sur le sol, le plus souvent du kraft (1) dont la texture lui plaît, et se met à genoux pour mieux « entrer dans sa peinture ». Par un ample geste des bras, il mime la scène jusqu'à ce qu'on perçoive l'engagement physique qu'implique sa manière de peindre. Il veut s'emparer du tableau. Rien à voir avec les « peintres du dimanche » qui manient le pinceau avec légèreté en se déplaçant négligemment devant le chevalet.

 
« Autant de pleurs que de rires »
Oeuvre "la Planète bleue"
R.Garin-Oeuvre

Roger Garin a conscience d'avancer sur un chemin périlleux. Aux antipodes de la futilité, il « s'immerge totalement dans la matière sans trop savoir ce qui va en résulter ». Pour chaque tableau, il met cartes sur table afin d'exprimer, au plus près, ce qu'il porte au fond du cœur. Dans ce travail exigeant et physiquement épuisant, surgissent « autant de pleurs que de rires ». C'est le prix à payer, selon lui, pour « offrir des espaces d'épanouissement à l'âme ».

Tant d'ascèse pourrait déboucher sur des tableaux ennuyeux, tristes et torturés. C'est tout le contraire. Derrière des titres bibliques (« Apocalypse », « Golgotha », « Ecce Homo »...), les toiles non descriptives de Roger Garin resplendissent de vie, de joie et de paix. L'explosion des couleurs y procure, de façon paradoxale, une impression d'harmonie et de bien être.

Il se dégage de ses toiles une force que Roger Garin dit avoir puisée dans l'observation de la nature. C'est le spectacle d'un gigantesque amoncellement de pieds de vigne découverts au cours de vacances en Haute Provence qui lui a permis de franchir un pas décisif dans l'univers le plus personnel de son art. Fasciné par ces milliers de vieux ceps entremêlés, le peintre revient les contempler à plusieurs reprises. « Ma peinture est directement inspirée des rythmes naturels » martèle-t-il. Un rocher en Bretagne, du lichen sur un arbre, le tronc d'un olivier... peuvent éveiller chez lui la même curiosité.

R.Garin - oeuvre

C'est à cette époque, il y a une vingtaine d'années, que prit fin la catéchèse longtemps assurée par le peintre dans la paroisse de Rambouillet. Il décide alors de mettre son talent au service de la foi. « Je sais dessiner, je sais peindre et je sais ce que j'ai envie d'exprimer », constate-il en répondant à une sorte d'injonction intérieure. Comme graphiste, il travaille à longueur de journée sur l'image, mais il se tourne vers la non-figuration, mode d'expression qu'il juge plus approprié « pour aborder le mystère chrétien ».

Le festival des couleurs donne du rythme à ses tableaux. La portée symbolique du rouge, du noir, du jaune, du bleu s'y exprime. « Je cherche à faire naître des traces qui, par une voie discrète, nous mettent sur la piste de Dieu », explique-t-il. Il arrive pourtant que des non-croyants tombent en admiration devant une de ses toiles. Au point de vouloir l'acheter sur le champ. Ce fut le cas lors d'une exposition dans la vallée de Chevreuse. Surpris d'apprendre que le tableau convoité s'intitule « Crucifixion », le couple confesse « Nous n'avons pas la foi ». Cependant, après un bref conciliabule, l'homme et la femme signent le chèque et repartent avec le tableau sous le bras.

Autant dire que le caractère spirituel de cette peinture n'a rien de provocant pour un incroyant. « Mes tableaux ne se veulent pas austères » observe Roger Garin en précisant « Il ne suffit pas de peindre une église pour réaliser un tableau chrétien ».
Chez lui, le mystère de l'art rejoint le mystère divin. C'est, en tout cas, cette correspondance qu'il cherche à établir en se mettant à genoux pour peindre. Sans doute, une autre façon de prier. Dans cette position, il réalise 80% du tableau. Le parquet porte des traces bleues, blanches, rouges, vertes...d'acrylique.

En revanche, pour la finition, l'œuvre est posée sur le chevalet. Il s'agit alors de lui donner de la lisibilité. Au cours de cette dernière phase, si « ça ne fonctionne pas», Marie -Jacque entend son mari dévaler l'escalier. En bougonnant, il fonce dans le jardin et, avec le tuyau d'arrosage, il efface tout avant qu'il ne soit trop tard. Parfois, cela « fonctionne tellement bien » que le peintre en est surpris. Alors, il s'apostrophe lui-même « Ce n'est pas toi qui as fait ce tableau ! ». Comme s'il n'était que l'intermédiaire chargé de transmettre un message
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« Dieu est un planteur d'iris »
R.Garin peint à genou

Non figurative, la peinture de Roger Garin n'est jamais désincarnée. Elle parle des hommes, parfois des plus déshérités. C'est le cas d'une série de 7 tableaux réalisés à partir de boîtes en carton ondulé mis à plat, celles-là même qui servent parfois de toit aux SDF. Observant que cet abri de fortune une fois déplié a la forme d'une croix, le peintre a intitulé cette série : « Chemin de Croix » - « Chemin de SDF ». Il voulait inviter à « la reconnaissance du Ressuscité dans les yeux des plus pauvres ».

Le papier journal lui a aussi servi de support pour faire émerger une forme de croix. Rien d'étonnant à ce qu'un publicitaire noircisse les pages d'un quotidien, en l'occurrence « Le Monde » dont il donne à voir le graphisme. En fait, il s'agissait d'établir un rapprochement entre l'Innocent condamné il y a un peu plus de 2000 ans et les innocents d'aujourd'hui que sont les victimes des guerres et les déshérités de la Terre. Le choix des pages n'est donc pas fortuit. Les titres, par exemple, « Vivre avec deux dollars par jour » sont évocateurs. « Le but n'était pas de masquer le support mais de le faire vivre », explique l'artiste
Chez Roger Garin, la peinture n'est donc jamais éloignée de la foi. Dans son œuvre, il alterne la quête mystique et l'indignation devant la souffrance en associant la profondeur de la réflexion du chrétien et l'esthétique du graphiste. Dans son atelier, une citation de Pierre Soulages résume son travail : « Je ne dépeins pas, je peins ». Une façon de faire savoir qu'il ne cherche pas à représenter mais à créer. Sur son site (2), pour évoquer sa méthode, il se réfère encore à Soulages qui a écrit : « Je crois dans les œuvres qui s'inventent au fur et à mesure qu'on les fait plutôt qu'à celles qui sont conçues avant d'être réalisées ».

Premier peintre admis à l'Académie catholique de France (3), Roger Garin a déjà exposé à Paris, Liège, Bruges, Lyon, Troyes, Versailles, St Germain-en-Laye, Rueil-Malmaison, Paray- le-Monial, Maurepas... Son passage ne demeure jamais inaperçu. Récemment, en l'église Notre Dame de Pentecôte, dans le quartier d'affaires de la Défense, l'exposition « Passion et Résurrection » s'inspirait d'une citation de Mgr Albert Rouet : « Dieu est un planteur d'iris ». Les jardiniers savent qu'en plantant un iris, ils en verront surgir deux autres un peu plus loin... A sa façon, Roger Garin se veut aussi « planteur d'iris ».

Régine Minet et Daniel Huard



Coordonnées de l' exposition de Roger Garin à Rambouillet, du 10 septembre au 9 octobre 2011

R.Garin : Heureux les invités au repas

"Heureux , les invités au repas", oeuvre de Roger Garin

Photos Françoise Fayand

(1) Roger Garin travaille sur papier marouflé sur toile et il utilise de la peinture acrylique choisie pour sa rapidité de mise en œuvre.
(2) site Internet de Roger Garin : perso.orange.fr/rogergarin
(3) Créée en 2007 à l'initiative d'un groupe d'universitaires, l'Académie Catholique de France dont le siège se situe aux Bernardins rassemble 70 clercs et laïcs (avocat, professeur de médecine, scientifique, musicien, philosophe, théologien...).

 

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