Albert Camus / Arts – Cultures – Foi dans les Yvelines

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...autour d'une personnalité influente

Albert Camus

Albert Camus


Retour sur une formation appréciée
Albert Camus, homme juste et d'une grande droiture, a profondément marqué les générations de l'après-guerre. Sa parole de liberté face aux idéologies en vogue à l'époque, a touché beaucoup de jeunes séduits par la sincérité de son humanisme. En dépit des fléaux qui s'abattent sur le monde, symbolisé par son roman 'La peste' et de la condition humaine qu'il juge « absurde » et « tragique », Camus ne désespère jamais de l'homme. « Il y a chez les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser », affirme-t-il.



Camus : sa parole continue de nous toucher

Chaque année, l'équipe diocésaine « Arts Cultures et Foi », en fidélité à la mission que lui a confiée l'évêque de Versailles, organise une recherche autour d'une personnalité dont l'influence a été déterminante sur la vie des hommes de leur temps. Chrétiens engagés, chercheurs de Dieu, incroyants, ces personnalités ont en commun d'avoir une parole et un témoignage qui font date et demeurent des témoins à entendre.

Successivement ce furent Thomas More, chancelier d'Angleterre et martyr ; Madeleine Delbrêl, assistante sociale et témoin de sa foi à Ivry-sur-Seine, ville de la « banlieue rouge » à l'époque ; Marie Noël, poétesse à la quête spirituelle exigeante et douloureuse ; Charles Péguy dont la foi en Dieu fut inséparable d'un engagement pour l'homme ; Thérèse de Lisieux, docteur de l'Eglise dont la fulgurante expérience spirituelle a eu des répercussions dans le monde entier : le Père Lagrange, exégète, qui a ouvert les portes à une nouvelle compréhension du message biblique, en plein drame moderniste, à l'aube du 20éme siécle.
Après ces hommes et ces femmes dont l'engagement spirituel fut manifeste, il a paru important aux formateurs d'approcher une personnalité en distance avec la foi.
Albert Camus, homme juste et d'une grande droiture, a profondément marqué les générations de l'après-guerre. Sa parole de liberté face aux idéologies en vogue à l'époque, a touché beaucoup de jeunes séduits par la sincérité de son humanisme. En dépit des fléaux qui s'abattent sur le monde, symbolisé par son roman 'La peste' et de la condition humaine qu'il juge « absurde » et « tragique », Camus ne désespère jamais de l'homme. « Il y a chez les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser », affirme-t-il.
Sa distance avec la foi chrétienne nous a paru d'un grand intérêt pour les croyants. Il est dans la nature de la foi que les chrétiens dialoguent avec des hommes qui sont chercheurs de sens par d'autres chemins que les leurs. Camus fut de ceux-là, lui qui ne croyait pas aux « systèmes » qu'ils soient politiques ou philosophiques, mais cherchait avec passion « comment se conduire » le mieux possible dans la vie. Face à la peste qui renvoie à la « peste brune » que fut le nazisme, Rieux, Rambert ou le père Paneloux sont en quête la voie juste. A travers eux, l'écrivain prône la nécessité de l'engagement.

Formation et non pas simple information : la pédagogie interactive mise en œuvre impliquait un investissement personnel pour quatre soirées. Des interventions ont permis l'acquisition de connaissances objectives sur Camus, sur son œuvre, sur le contexte historique, notamment la résistance, la guerre d'Algérie.
Les participants, une cinquantaine, ne s'en sont pas tenus à une attitude passive. Outre la lecture préalable de 'La peste', les échanges nombreux et, au final, une évaluation de cette session ont caractérisé les différents aspects de cette méthode interactive. Elle a permis des prises de conscience mises à jour au fil des travaux. L'approfondissement de la foi, acte éminemment humain en a été nourri. Le bilan nous encourage pour l'avenir.

Arts, Cultures, Foi


Le regard d'autres artistes sur le mal, la souffrance et le totalitarisme

L'idée d'un diaporama m'est venue à la lecture d'une lettre de Camus. Il expliquait qu'on peut lire « La peste » de trois façons : le récit d'une épidémie ou le symbole de l'occupation nazie ou l'illustration du mal. Avec Régine Minet, nous avons alors voulu connaître la réaction d'autres artistes aux tragédies de cette époque : nazisme et Seconde guerre mondiale, les régimes totalitaires, la guerre d'Algérie si importante pour Camus.
Nous avons retenu une trentaine d'œuvres qui n'émanaient pas forcément d'artistes chrétiens et nous les avons rattachées à différents thèmes : Rouault et Dubuffet pour illustrer le mal ; Otto Dix et Chagall pour la guerre et le totalitarisme ; Grosz et Picasso - avec l'ensemble du tableau Guernica et un gros plan sur la mère qui pleure son enfant - pour la mort et la souffrance de l'innocent ; Matisse, Braque, pour la tendresse humaine ; Tapies, Bissière, Buffet, Germaine Richier, Rouault, pour la quête de sens, la quête de Dieu.
Les artistes - croyants ou non - prennent souvent la figure du Christ pour symboliser l'innocence bafouée. Ainsi, Grosz représente le Christ avec un masque à gaz et intitule ce tableau ' Ferme ta gueule et continue de servir'. A la recherche de résonances fortes, Beckmann s'inspire du célèbre retable d'Issenheim à Colmar tandis que Bernard Buffet représente une Crucifixion.
D'autres artistes semblent vouloir répondre à la question posée par Camus dans ' La peste' : peut-on être un saint sans Dieu ? Ainsi, avec ' L'homme qui marche', Giacometti veut montrer sa confiance en l'homme. En revanche, avec son tableau 'Memoria' représentant une tête de femme avec une tache de sang à la tempe, Magritte nous plonge dans un univers sans mémoire ni avenir.
Pourquoi Matisse n'abandonne-t-il jamais ses couleurs vives et gaies ? Deux interprétations sont possibles : l'artiste ne perçoit pas les drames qui se jouent autour de lui ; ou bien, il a la certitude, qu'au bout du compte, le mal sera vaincu. S'agissant de la grande tapisserie de Lurçat 'Le chant du monde', aucun doute possible : l'espérance habite cette vaste fresque découpée en plusieurs tableaux.
De nombreuses personnes font un blocage face à l'art moderne. Avec ce diaporama, les participants se sont rendu compte qu'à l'instar des personnages de Camus dans « La peste », des œuvres, à première vue déroutantes, expriment les préoccupations, les angoisses et parfois l'espérance des hommes d'aujourd'hui.

Françoise FAYAND




« Comment trouver Dieu en ignorant le Christ ? »

« Je suis familière de cette formation puisque j'ai participé aux sessions consacrées à Thérèse de Lisieux, Madeleine Delbrel, Charles Péguy et Marie Noël. Après ces diverses expériences, j'ai acquis une grande confiance dans ce travail qui me fait avancer et m'ouvre à des rencontres passionnantes. C'est donc tout naturellement que je me suis inscrite au cycle Camus.
J'avais lu 'La peste' à l'époque du lycée et j'avais très envie de redécouvrir Camus dont le roman m'avait marquée. Dans 'La peste', le médecin Rieux se dépense sans compter pour venir en aide aux malades et aux mourants. Il fait don de sa vie pour faire reculer le fléau. Son honnêteté et son courage me disent quelque chose de l'incarnation du Christ parmi nous. Rieux tient le cap, quel qu'en soit le prix. Il va jusqu'au bout contrairement à d'autres personnages enfermés dans des attitudes mortifères, criminelles même, de peur, de fuite, de désespérance, et de mensonge.
Peut-on dire alors que Camus est chrétien ? Non, il a lui-mêmerépondu qu'il ne l'était pas. J'en prends acte et je respecte sa parole. Au fil des soirées, je me suis en effet rendu compte que Camus parle souvent de Dieu mais jamais de Jésus-Christ. Comment se dire chrétien en ignorant le Christ ? Cependant, j'estime qu'à travers le médecin Rieux nous entrevoyons la grande humanité de Camus.

Un montage audio-visuel présentant des œuvres d'artistes contemporains de Camus a occupé une partie de soirée. Je l'ai apprécié sur deux plans : une découverte d'œuvres que je ne connaissais pas ; une pause dans le travail de réflexion, pause qui m'a permis d'intérioriser les apports de cette formation. Cet intermède s'intègre bien à la méthode interactive qui exige une implication personnelle.

La pédagogie interactive est vraiment enrichissante ! Si nous ne nous exprimions pas oralement, nous pouvions le faire par écrit. Chaque fois que j'ai joué le jeu, j'en ai tiré grand profit. Exigeante tant pour les animateurs - qui se doivent de bien cadrer et bien guider - que pour les participants elle provoque à un travail d'approfondissement.

J'ai aussi découvert l'humanité de Camus dans toute sa beauté, à travers son discours lorsqu'il a reçu le prix Nobel en 1957. Il reconnaît son art et son rôle d'écrivain - et il en a besoin - mais il ne les idolâtre pas. Il apprécie la reconnaissance mais ne la recherche pas ».

Véronique Guérin

 



Les valeurs de Camus résonnent dans ma foi chrétienne

Ma première rencontre avec Camus date de mes quinze ans, grâce à mon professeur de français, M. Morin. Depuis, Camus est resté mon auteur favori et il m'a accompagné pendant toutes ces années. Camus sait admirablement exprimer l'absurde de la condition humaine - Sisyphe condamné à pousser un rocher qui retombe sitôt arrivé au sommet - et l'amour de la vie avec une sensualité méditerranéenne qui jaillit particulièrement dans les recueils de nouvelles comme 'Noces' ou 'L'été'.

J'ai appris l'existence de ce cycle de formation par ma mère, qui connaît ma passion pour l'auteur. C'était ma première inscription à une session de ce type et je ne savais pas trop ce que j'allais y trouver. Je ne venais évidemment pas pour découvrir l'auteur. En revanche, j'étais curieux d'approfondir en groupe une réflexion autour des valeurs chères à Camus tels que le respect dû à chaque homme, l'honnêteté intellectuelle, la solidarité, la responsabilité de chacun... et la façon dont ces valeurs résonnent dans notre foi chrétienne.

La grande exigence morale de Camus est un appel à tous les hommes de bonne volonté. Devant chaque situation, il cherche toujours à se tenir au plus près de la vérité, quel que soit le prix à payer. Dans 'La Peste', il décrit avec justesse l'étendue des réactions dont les hommes font preuve face à un terrible fléau. Confrontés à la peste, les masques tombent, chacun se retrouve face à sa vérité intime et doit faire ses propres choix. Et il laisse chaque lecteur se poser lui-même la question : « et moi, comment réagirais-je ? »

Certains lecteurs croient discerner dans le personnage du docteur Rieux un fond chrétien. D'autres considèrent que Camus pourrait être qualifié d'auteur chrétien. Pour ma part, je me refuse à qualifier Camus de chrétien et je considère même ces tentatives de récupération, simpliste et irrespectueuse de la profondeur de la réflexion du philosophe. Lui-même a toujours clairement affirmé qu'il ne croyait pas en la Résurrection. Sa morale - même si elle est par certains côtés très proche de la nôtre - est entièrement de ce monde. En revanche, Camus, bien qu'il soit athée, peut nous guider dans nos chemins de foi : son exigence morale et son courageux engagement au côté de l'homme souffrant - s'agit-il d'une option préférentielle pour les pauvres ? - sont autant d'appel à rester éveillés.
Ma conclusion, je l'emprunte à Camus qui déclarait lors d'une conférence au couvent dominicain de Latour- Maubourg, en 1948 : « Il n'y a de dialogue possible qu'entre des gens qui restent ce qu'ils sont et qui parlent vrai. Cela revient à dire que le monde d'aujourd'hui réclame des chrétiens qu'ils restent des chrétiens. »

Benoît Fabre

 

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