Premier Festival des Artistes chrétiens en Yvelines / Arts – Cultures – Foi dans les Yvelines

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L'art pour tous !

Premier Festival des Artistes chrétiens en Yvelines


Rambouillet : lumières dans l'église Saint Lubin pendant les concerts















 


MESSE de CLÔTURE du 1er FESTIVAL des ARTISTES CHRÉTIENS en YVELINES

Homélie du Père Claude Touraille - délégué diocésain pour Arts Cultures Foi
22 novembre 2011 - Rambouillet - église Saint Lubin



Voici que nous arrivons au terme de ce Premier Festival des Artistes chrétiens en Yvelines.
C'est par l'Eucharistie que nous apportons une conclusion qui exprime notre enracinement : notre attachement à la Personne du Christ, mort et ressuscité qui donne sens à notre existence.

Mgr Aumonier, notre évêque, par son message du 20 novembre, fête du Christ Roi, a voulu souligner la valeur de ce Festival « comme une belle réponse à l'un des premiers appels de notre synode diocésain en son décret 2 » Il ajoutait à votre intention, comme à la nôtre : « le baptême à vivre, consiste d'abord à recevoir chaque jour la grâce de renaître à Dieu et à ses frères et sœurs. »

Durant 10 jours nous avons été témoin de ce que pouvaient réaliser ensemble des artistes lorsqu'ils s'unissent pour offrir à d'autres le fruit de leur labeur.

Il a fallu beaucoup de temps pour construire un projet, pour l'affiner. Du temps pour opérer des choix, du temps pour se mettre au travail. Ce qui nous a été donné à voir ne doit pas cacher tout ce qu'il a fallu accomplir pour que le don exprime la Beauté.

Ecoutons le Bienheureux Jean-Paul II dans sa Lettre aux Artistes d'avril 1999. Il sait leur expérience profonde. Il était artiste lui-même. Il écrit :

«...Plus l'artiste est conscient du «don» qu'il possède, plus il est incité à se regarder lui-même, ainsi que tout le créé, avec des yeux capables de contempler et de remercier, en élevant vers Dieu son hymne de louange. C'est seulement ainsi qu'il peut se comprendre lui-même en profondeur, et comprendre sa vocation et sa mission. »
(§1).

C'est ce que nous ont donné à vivre les artistes qui ont accepté d'être artisans de ce Festival.
A travers ce chemin parcouru, nous pouvons tous recevoir une part de leur expérience.
On peut y discerner deux appels pour chacun d'entre nous. Ils disent quelque chose de ce qu'est l'amour que le Christ nous révèle afin de mener notre vie autrement.

1 - Les artistes nous invitent à entrer dans l'accueil du don de Dieu.

Chacun est porteur de don. Chacun s'est vu confier des talents. Il importe d'abord d'en prendre conscience pour ensuite les mettre en œuvre et qu'ils portent du fruit. Que de vies sont ternes et sont vécues dans la lassitude alors qu'elles portent en elle une puissance créatrice ! Certes, nous ne sommes pas tous des artistes exceptionnels mais tous, nous pouvons produire du Beau et du Bien par notre manière d'aimer, d'écouter, de dialoguer, de participer, de rendre d'authentiques services, d'assumer des responsabilités. Bref d'être un homme, une femme qui assume sa vie et sa place dans la société comme dans l'Eglise.

Les artistes authentiques ne sont jamais méprisants pour les autres parce qu'ils perçoivent bien qu'en chacun, est présente cette semence créatrice. Toi qui as reçu beaucoup n'est-ce pas une raison impérieuse pour toi de discerner chez l'autre son trésor enfoui ! Ne dois-tu pas demeurer discret et humble pour ne pas étaler ton génie ? S'il est habité, il rayonnera de lui-même comme la lumière de sainte Cécile !

Amis artistes, vous nous invitez à mesurer qu'en chacun de nous réside une Beauté qui a pour source l'amour de Dieu que nous révèle Jésus, Notre seigneur. Merci.

2 - Les artistes nous rappellent à l'humilité.

Être humble veut dire être VRAI. C'est-à-dire reconnaître sans difficulté qu'on est doué, qu'on est vraiment doué ! Mais que le Don reçu vient d'ailleurs, que ce Don est fragile.

Ainsi l'artiste connaît-il si souvent l'angoisse de voir l'inspiration le quitter. Le jour où, par grâce, il parvient à ne plus craindre d'être quitté par le génie, il est alors libéré : c'est qu'il a compris qu'il ne sera jamais propriétaire du don qui le saisit. Il se doit de l'accueillir en sachant qu'il ne pourra jamais s'en emparer de manière avaricieuse.
Le don s'écoule comme d'une source qui s'offre avec générosité et qui ne manque jamais.

Permettez-moi d'évoquer devant vous le film si étonnant que beaucoup connaissent : « Amadeus » de Milos Forman. A travers cette réalisation qui porte une très grande part de fiction, nous est révélée une vérité lumineuse.

On y voit Mozart, à la fois génial et dissipé. Capable de transfigurer une sonate assez banale en un chef d'œuvre de grâce, devant Saliéri, auteur de cette composition. Ce dernier est à la fois stupéfait et heureux tant la grâce est éclatante, mais aussi amer et désabusé, tant est révélée la mesure du génie de Wolfgang.

On nous montre aussi un Mozart qui dilapide sa santé, se montre vulgaire, parfois paresseux et décevant. A dessein, Milos Forman noircit l'homme pour mieux faire éclater son génie.

C'est que le regard est porté sur Saliéri. Il nous est présenté comme un compositeur respectable mais qui, au soir de sa vie, s'est installé dans la rancune et la désillusion. Il a entendu Mozart. Il a pu mesurer son activité créatrice. Mais aussi, Il l'a vu vivre avec ses médiocrités.

Or, lui, Saliéri est un homme de bien, de morale, de fidélité. Nous l'entendons prier son Dieu et Lui reprocher d'avoir donné un tel génie à Mozart dont la vie est si loin d'être irréprochable, comme la sienne. Décevant par ce qu'il dilapide au quotidien, alors que lui Saliéri, si droit, si prêt à servir Dieu n'a jamais reçu ce don qu'il estime mériter, bien plus que Wolfgang. Il jette alors son crucifix dans le feu de sa cheminée comme pour renier ce Dieu qui lui refuse, à lui, homme de bien, le génie égalable à celui de Mozart.

Ici s'exprime le cœur du débat. Il s'agit d'un Don totalement gratuit. Mozart a reçu et reçoit ce Don qui n'est pas mérité justement parce qu'il est Don.

Ainsi, l'attitude de celui qui reçoit et qui se sait comblé, réclame-t-elle une totale humilité et appelle -t- elle à chercher vers qui se tourner pour rendre grâce !

Jean-Paul II écrit

« Nous touchons ici un point essentiel. Celui qui perçoit en lui-même cette sorte d'étincelle divine qu'est la vocation artistique - de poète, d'écrivain, de peintre, de sculpteur, d'architecte, de musicien, d'acteur... - perçoit en même temps le devoir de ne pas gaspiller ce talent, mais de le développer pour le mettre au service du prochain et de toute l'humanité. »
(§3)

Cependant, les artistes, au cœur de leur existence et en raison des intuitions qui les traversent, nous conduisent parfois à l'étonnement voire à être choqués par ce qu'ils nous offrent. Sans avaliser ce qui relève de la provocation inféconde, il nous faut discerner ce que - parfois - ils nous invitent à voir et à discerner au cœur d'un monde dont la noirceur peut nous effrayer.

Ici encore, Jean-Paul II porte des paroles audacieuses qui nous invitent d'abord au silence avant de protester. Il écrit :

« ...L'art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s'éloigne considérablement de l'Église, il continue à constituer une sorte de pont jeté vers l'expérience religieuse. Parce qu'il est recherche de la beauté, fruit d'une imagination qui va au-delà du quotidien, l'art est, par nature, une sorte d'appel au Mystère. Même lorsqu'il scrute les plus obscures profondeurs de l'âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l'artiste se fait en quelque sorte la voix de l'attente universelle d'une rédemption. »
(10)

Merci aux artistes qui nous invitent à nous situer dans la vérité de notre être :
- reconnaissants de ce que nous sommes ;
- admiratifs de ce que réalisent les autres ;
- joyeux d'être témoins des fruits que porte l'activité artistique par le retour que manifeste l'enchantement de ceux qui sont témoins de l'activité des artistes ;
- de plus en plus décentrés de nous-mêmes pour nous réjouir quand il y a près de nous, plus grand que nous.

Comme j'aimerais poursuivre.

Pourtant, cette Eucharistie nous donne de dire notre reconnaissance au Christ, témoin de l'amour extrême qui nous conduit à dépasser nos étroitesses et nos calculs. Reconnaissance à Celui qui L'a envoyé pour que la Lumière brille dans nos vies et que nous ne détournions pas les dons reçus au bénéfice de tous et à Sa gloire.

Reconnaissance à l'Esprit promis et répandu qui nous rend capables d'offrir à nos existences cette dimension de beauté et de service.

Que notre réception de la Parole de Dieu et du Pain de Vie dilate nos cœurs et nous donne le désir de prendre pleinement notre place dans l'accomplissement de ce monde en souffrance où la Beauté est attendue comme un baume de douceur, de vigueur et de transfiguration.


 

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