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de l'Académie française
Jean d'Ormesson propose, d'année en année, de le suivre selon les chemins variés qu'il emprunte.
Voici que dans ce dernier livre, aussi court que nerveux, il nous invite à entrer dans l'intimité d'un échange, marqué, semble-t-il par une certaine confiance, entre Bonaparte et Cambacérès.
La France vient de sortir d'un passage rude qui aurait pu la conduire à sa perte. Fin de l'Ancien Régime symbolisé par la mort violente de Louis XVI, exactions multiples qui ont transformé les attentes de la Révolution en tragédie insoupçonnée.
Le Directoire permettra alors, tous les débordements pour compenser l'extrême rigueur vécue sous la tyrannie de Robespierre. Dans un tel laisser-aller Bonaparte est prêt. Il prend les rênes du pouvoir. Le voici Premier Consul, avec Cambacérès comme numéro deux et Lebrun qui complète le trio.
A partir de l'An IX, on assiste à une renaissance. Pourtant, le consulat apparaît à Bonaparte comme une solution institutionnelle boiteuse et surtout fragile.
Qu'en serait-il s'il disparaissait ? Il y a l'homme avec sa limite personnelle, mais bien plus, il y a les nombreux complots qui cherchent à abattre ce si jeune général. L'attentat de la rue Saint Nicaise n'est pas loin. Sans oublier, Moreau, Pichegru, Cadoudal, mais aussi le Comte de Lille, futur Louis XVIII et le duc d'Enghein, menace potentielle pour un régime qui n'a pas d'avenir dynastique.
Bonaparte s'interroge en interrogeant Cambacérès : « Mais que se passerait-il si je disparaissais ? » car « l'éclat n'est rien sans la durée » (1)
L'auteur, avec un talent époustouflant, nous livre ce dialogue imaginaire entre le Premier et le Deuxième Consul.
Que faire pour assurer la stabilité ? Lentement, Bonaparte se dévoile à Cambacérès qui le comprend. Bien mieux, il le précède dans sa réflexion et les solutions qui en découlent. La finesse de l'échange avec ses subtilités nous montre deux intelligences souples et sans cesse en alerte. On ne peut s'empêcher de penser à Jean-Claude Brisville, réunissant pour un souper secret, le Prince de Bénévent et le Duc d'Otrante, Talleyrand et Fouché. Ils allaient se décider à soutenir Louis XVIII pour une Restauration qui n'était pas jouée.
Jean d'Ormesson précise que les propos prêtés à Bonaparte sont puisés, quasiment tous, dans les verbatim que nous possédons. Il a laissé place à son imaginaire en ce qui concerne les répliques du Deuxième Consul mais il estime que la cohérence est établie.
Voici une œuvre très courte mais d'une grande densité. Un Prologue invite le lecteur à bien situer la scène. C'est une magnifique leçon d'histoire qui peut donner l'envie de revisiter cette période agitée, tant elle éveille notre curiosité.
Unité de lieu et d'action. Les deux interlocuteurs se fécondent mutuellement. Cambacérès est admiratif mais non pas sans réagir et contester. En fait, le Premier Consul cherche celui qui l'accompagnera dans cette décision qui va bouleverser le monde, pour le meilleur et pour le pire : proclamer l'Empire.
« Jean d'Ormesson saisit l'ambition au moment où elle se change en histoire, le rêve sur le point de devenir réalité » (4éme de couverture)
Un livre qui donne plaisir. La culture y est au rendez-vous non sans poser bien des questions à la conscience et aiguillonner notre sens critique.
P. Claude Touraille
Editions Héloïse d'Ormesson
122 pages 20x14