Pierre Cauchon par Jean Favier / Arts – Cultures – Foi dans les Yvelines

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Pierre Cauchon par Jean Favier

Pierre Cauchon par Jean Favier



Spécialiste réputé du Moyen - Age, l'historien Jean Favier consacre son dernier ouvrage à un personnage contesté, Pierre Cauchon. Le sous-titre - « « Comment on devient le juge de Jeanne d'Arc » - montre que l'auteur ne s'est pas contenté d'écrire la biographie de l'évêque de Beauvais. Il a voulu comprendre comment des intellectuels de la première moitié du XVème siècle se sont retrouvés dans le procès de Jeanne d'Arc, comment Pierre Cauchon qui n'était pas le plus brillant d'entre eux y a joué un rôle aussi important et comment ils se sont fourvoyés en laissant les Anglais maîtres de la procédure, en fermant peu à peu toutes les issues possibles pour la jeune Lorraine.


Comment on devient le juge de Jeanne d’Arc ?


Qui a envoyé Jeanne d’Arc au bûcher le 30 mai 1431 à Rouen ?
Pour la vox populi, la réponse ne fait aucun doute. C’est Pierre Cauchon, l’homme de paille des Anglais qui porte la responsabilité de cette ignominie. Dans les livres ou au cinéma, l’évêque de Beauvais est devenu l’exemple du traître, le mauvais Français, le prélat dévoyé. « Son nom dispense d’aller plus loin dans le jugement de l’Histoire » s’amuse Jean Favier en rappelant que le cochon personnifie « la bête immonde ».

Evidemment, les choses ne sont pas si simples et l’historien médiéviste consacre plusieurs centaines de pages au demi-siècle qu’ont vécu Pierre Cauchon et ses semblables avant le procès de Jeanne.
Division de l’Eglise - deux papes, l’un à Rome et l’autre à Avignon - folie du roi Charles VI qui entraîne une crise du pouvoir, rivalité des princes avec notamment l’assassinat de Louis d’Orléans, frère du roi, affrontement des Armagnacs et Bourguignons : tout cela crée des troubles profonds.
Au cours de la même période c’est la terrible défaite d’Azincourt en 1415. Elle permet aux Anglais d’entrer dans Paris et d’installer le roi Henri VI d’Angleterre. Ce dernier occupe le nord du royaume tandis que le 3ème fils du roi de France, Charles VI, qui se dit seul roi légitime, tient le sud. On le surnomme le « roi de Bourges ».
C’est pour faire sacrer Charles VII à Reims que Jeanne d’Arc va quitter sa Lorraine et affronter les Anglais.


En cette époque tourmentée, les intellectuels parisiens ne se cantonneront pas aux questions de doctrine, bien que le dogme de l’Immaculée Conception soit à l’origine de débats animés. Les « maîtres » seront présents sur tous les fronts et Pierre Cauchon plus que tous les autres. Jean Favier souligne que l’étudiant Cauchon, fils d’une famille bourgeoise de Reims, se fait davantage remarquer pour ses qualités politiques d’organisateur et de négociateur… que pour son autorité intellectuelle. Il sera deux fois recteur, c’est-à-dire porte-parole des « écoliers » mais il ne terminera jamais ses études à la faculté de théologie. En revanche, il deviendra très vite conseiller du duc de Bourgogne.
Il entrera tout naturellement, par la suite, au conseil du roi anglais Henri VI et du régent Bedford, alliés du duc de Bourgogne. Ainsi, Pierre Cauchon, durant une grande partie de sa vie, sera occupé à des tâches qui n’auront rien d’universitaire et l’évêché de Beauvais s’apparentera pour lui, davantage à une prébende qu’à une véritable responsabilité diocésaine. C’est pourtant à ce titre qu’il deviendra le premier juge de Jeanne d’Arc faite prisonnière devant Compiègne qui dépend du diocèse de Beauvais.

« Nul ne peut douter de la foi ou de la moralité de Pierre Cauchon » assure Jean Favier. Mais l’irruption de Dieu dans le procès de Jeanne d’Arc va lui poser un redoutable cas de conscience. Il doit en effet juger une jeune fille qui dit venir « de la part de Monseigneur Dieu ». Or, si Jeanne accomplit la volonté de Dieu en combattant les Anglais, lui Cauchon, qui les sert, vit en état de péché mortel ! Il est en état de rébellion contre Dieu. Plutôt que renier ses choix politiques, il accusera Jeanne de sorcellerie. Soumis - comme évêque de Beauvais - aux pressions multiples du pouvoir anglais qui voulait la mort de Jeanne au motif qu’elle galvanisait les troupes françaises, les autres dignitaires qui formaient ce tribunal d’exception ne s’élèveront pas contre la sentence inique.

Une vingtaine d’années plus tard, d’autres évêques casseront le jugement et jetteront définitivement l’opprobre sur Cauchon et consorts, coupables de falsification, calomnie, menaces, erreurs de droit et de fait, et, au final, d’un déni de justice. L’Université de Paris ne s’en relèvera pas et les « maîtres » ne joueront plus jamais un rôle politique majeur dans le royaume de France.

« Qui a organisé une pareille machine pour broyer une jeune fille ? » interroge Jean Favier. Du début à la fin, ce ne sera ni le hasard, ni les habitudes et encore moins la logique du droit. Pour l’historien, les choix imposés au cours du procès ne peuvent avoir été délibérés qu’à un plus haut niveau, c’est à dire au sein du Conseil du roi anglais. Pierre Cauchon, on l’a vu, faisait partie de cette instance où se prenaient toutes les décisions politiques. La boucle est bouclée.

Daniel Huard


Pierre Cauchon – Comment on devient juge de Jeanne d’Arc
Jean Favier.
Ed. Fayard (715 pages).


 

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